La femme de mon frère : hystérie parfaite chez Monia Chokri

Après avoir été aux cotés de Xavier Dolan dans Les amours imaginaires notamment, Monia Chokri a décidé de se tenir derrière la caméra et de faire éclore son premier long-métrage. La femme de mon frère est sorti en salles cette semaine, mais a été présenté pendant le festival de Cannes en ouverture de la compétition « Un certain regard » et a obtenu le prix coup de cœur du jury. Un film qui a donc déjà un bon pedigree et qui me faisait de l’œil depuis Cannes. Après m’être rafraichit dans ma petite salle de cinéma, j’ai donc enfin pu apprécier le beau et long premier film de Monia Chokri.

L’histoire est simple : Sophia, 35 ans, vit chez son frère Karim à Montréal, le temps qu’elle trouve un emploi. Elle a un doctorat et aucune perspective d’avenir, quand lui s’amuse à droite à gauche tout en étant psychologue. Un duo détonnant et extrêmement touchant qui va exploser au fur et à mesure notamment à cause de l’arrivée de Éloïse, la nouvelle petite amie de Karim (qui n’est autre que la gynécologue de Sophia).

Un film qui dure (près de 2h), mais qui vous plonge dans une petite bulle de sincérité. On décortique les stéréotypes et on s’intéresse aux oubliés. Ces trentenaires trop vieux, trop jeune, trop diplômés et pas assez expérimentés. Dans une société catégorisante, qu’advient-il de vous lorsque vous n’entrez dans aucune case? Vous n’avez pas assez d’expérience, pas assez de diplôme ou alors trop, vous n’êtes pas assez jeune et pourtant déjà trop vieille, vous ne voulez pas d’enfants alors que bon sang, c’est le plus beau jour de la vie d’une femme ! Sophia, jouée par l’excellente Anne-Elisabeth Bossé (Les amours imaginaires ou Laurence Anyways, décidément Dolan est partout!) est totalement perdue, désespérée par sa situation professionnelle, névrosée, fusionnelle avec son frère et à la fois assez indépendante dans ses choix (avortement, refus des conventions etc). Des choix qu’ils s’amusent à faire constamment en se mettant l’un et l’autre face à des dilemmes improbables (tu préfères plonger dans une piscine remplie de ton vomi ou d’asticots?). Cette relation presque trop fusionnelle est touchante. On y sent beaucoup d’amour, de soutien, d’attachement. Comme un vieux couple, le frère et la sœur ne passent pas un instant sans se crier dessus, se chamailler mais ils se soutiennent coûte que coûte. Lorsque Karim tombe amoureux de Éloïse, c’est le drame. Les jeux qu’il faisait avec sa sœur se transforment en complicité amoureuse dont elle est totalement exclue. Petit à petit, la seule chose qui raccrochait Sophia à la réalité lui échappe. Elle s’évade alors chez ses parents, un vieux couple divorcé depuis des années mais qui vit encore ensemble. Une relation peu commune mais profondément touchante. Le sempiternel repas de famille qui tourne au drame arrive alors. Mais au lieu de recréer ce que l’on connait déjà et ce que l’on attend, Monia Chokri s’amuse et nous déroute. Les personnages sont si bien écrits que tout fonctionne. Les dialogues avec le père, bourré d’humour malgré lui, les phrases assassines entre Sophia et Karim, le regard perdu d’Éloïse etc. L’humour est au centre de ce film au charme fou, et certains dialogues sont très aiguisés et très drôles. Ajoutez à cela le charme du québécois et vous obtenez des répliques divines.

Au delà de l’écriture qui est vraiment de qualité pour un premier film, malgré quelques scènes qui ne fonctionnent pas très bien (notamment les scènes avec Jasmin, le date de Sophia, qui sont au début assez chaotiques), c’est également le choix de la musique et du montage lié à celle-ci qui m’a énormément plu. La BO est vraiment géniale, entre tubes pré-existants et compositions de Olivier Alary : Monia Chokri s’est amusée et ça se ressent. Le tube groove Only You de Steve Monite, la pop française de Petula Clark, Bach ou encore Beethoven ainsi qu’un thème récurrent de flute qui ponctue le film. Certaines transitions (assez brutales) sont exclusivement musicales et je trouve que ça donne au film une dimension fantaisiste absolument délicieuse et qui fonctionne très bien au vu du ton général du film.

Le premier film de Monia Chokri domine tout : féministe, libre, dérangeant, hilarant et totalement jouissif. La femme de mon frère est une véritable réussite où se côtoient l’amour, l’humour, la vie et ses désillusions. La jeune réalisatrice filme avec douceur et brutalité à la fois. Il n’est fait aucun cadeau aux personnages et pourtant, on sent tout l’amour qu’elle a pour eux. Le plan de fin, long et métaphorique, est digne d’un Renoir ou d’un Rohmer : plan large, nature, musique, banalité embellie. On ressent son admiration pour son ami Xavier Dolan qui a lui même livré l’un de ses films les plus personnels cette année à Cannes (Matthias et Maxime) et qui s’amusait aussi des relations et du quotidien, entre amitié et amour, relation fraternelle ou charnelle. Encore une actrice qui se glisse derrière la caméra et qui j’espère le restera !

La femme de mon frère de Monia Chokri avec Anne-Elisabeth Bossé, Patrick Hivon, Evelyne Brochu, Sasson Gabai etc..

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