PAUVRE GEORGES ! l’intrus sous toutes ses formes

Le nouveau film de Claire Devers (Chimère, Max et Jérémie etc) est sorti en salles cette semaine. Avec à l’affiche Monia Chokri (dont le premier long métrage en tant que réalisatrice est toujours en salles, La femme de mon frère) et Gregory Gadebois (Le jeu, Angèle et Tony, etc) qui jouent un couple en proie a de nombreuses problématiques.

Georges et Emma ont quitté la France pour venir s’installer dans la campagne québecoise non loin de Montréal. Georges enseigne le français dans un collège et Emma est en « convalescence » sans que l’on sache réellement pourquoi. Un jour, en rentrant, Georges tombe sur Zack, un adolescent déscolarisé qui se balade dans la maison. Georges voit en lui un nouveau projet et va se lancer pour défi d’aider Zack, malgré tout. Cette intrusion dans leur vie va engendrer de nombreuses réactions.

L’intrus, sous toute ses formes

Le scénario de PAUVRE GEORGES! est une adaptation d’un roman du même titre écrit par Paula Fox en 1967 et qui traitait déjà des relations domestiques et du quotidien chamboulé par une intrusion. Claire Devers reprend donc l’idée tout en transposant les lieux et les personnages. La « visite » de Zack n’est qu’un prétexte pour explorer le quotidien de ce couple mais aussi de ses voisins. L’intrusion est au cœur du film : Zack, les voisins, la maitresse, l’alcool etc. Il y a un intrus dans chaque maison, que l’on tente de chasser ou d’apprivoiser. Et chaque famille se retrouve l’intrus de l’autre par ses regards ou son comportement. Chacun se toise, se fixe, se regarde sans arriver à s’apprivoiser ou a se comprendre. Entre le mépris de l’une et le regard provocateur de l’autre, les relations se construisent et se détruisent à coups d’œils et de jugement. Un comportement intrusif qui pousse constamment les personnages dans leurs retranchements jusqu’à les amener au pire. Le personnage de l’intrus est constamment redistribué et confronte chacun face a ses propres peurs et fantasmes.

Une mise en scène active et témoin d’une violence sourde

Le film se base sur une mise en scène qui joue subtilement avec les détails et les décors. Mieux que les mots, l’architecture exprime davantage les émotions profondes et inavouées des personnages. La maison de Georges et Emma par exemple, ressemble à un petit labyrinthe dans lequel on se perd et on se rencontre violemment. Les escaliers, les étages, les vitres, les miroirs : tout est oppressant et renforce le sentiment d’enfermement du couple et surtout de Emma. Georges ne semble pas donner d’importance à ce qu’elle ressent ou ce qu’elle pense. Elle est comme un fantôme qui hante cette maison et les alentours. L’intérieur des autres voisins ne fait pas exception, avec pour les uns, une maison totalement épurée et luxueuse exprimant le mépris du couple pour la différence. Et pour les autres, un chaos total exprimant la perte de contrôle de la jeune mère alcoolique et l’absence de son mari infidèle. Et chacune de ces maisons est entourée d’arbres, de buissons, de graviers et cailloux comme une forteresse personnelle. Le sens du détail et la mise en scène de Claire Devers sont les véritables atouts de son film. Le regard dérangeant mais non moins intéressant qu’elle pose sur ce monde de bienséances et de conventions qui donne de la matière a ceux dont la vie semble si harmonieuse et qui est pourtant si vide. Un regard sans vraiment de parti pris, qui observe sans jamais agir et qui nous laisse admirer l’éclatement des situations. Une violence sourde qui émane de chaque plan, de chaque dialogue, de chaque geste et qui va finir par étouffer tout ce beau monde.

Une tension qui s’annonce mais qui ne prend pas

Cependant, malgré ces quelques éléments très intéressants idéologiquement et visuellement, le film ne parvient pas à accrocher son public. Les acteurs sont tous très bons, Monia Chokri n’a pas énormément de texte mais son jeu est véritablement impressionnant. De même pour Mylène MacKay qui joue le rôle de la jeune mère alcoolique et trompée. Gregory Gadebois livre une prestation tout en retenue qui convainc mais qui ne parvient pas à nous faire ressentir quoi que ce soit pour son personnage. On est également ravis de voir Stéphane de Groodt s’incruster vers la fin et mise à part Pascale Arbillot que je ne supporte décidément vraiment pas (son jeu est vraiment en dessous du reste du casting et son rôle de mère dépassée et bêta n’aide vraiment pas à l’apprécier) le reste du casting est assez juste, notamment Noah Parker, l’interprète de Zack qui impressionne particulièrement. Malgré ça, la tension globale du film ne prends pas. C’est trop long, trop lent, trop théâtral par moment : on s’ennuie un peu. On devient légèrement passif et voyeur, sans forcément comprendre ce que l’on voit. Et même si cela semble avoir été le choix de la réalisatrice, je n’ai pas réussi a entrer dans ce jeu là.

«Pauvre Georges !», comédie dramatique franco-canadienne de Claire Devers, avec Grégory Gadebois, Monia Chokri, Pascale Arbillot, Noak Parker, Mylène MacKay, Stéphane de Groodt… 1 h 53.

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